Une conférence d’André Gaudreault dans le cadre du colloque international Beauviatech « De l’immersion au cinéma »

Une conférence d’André Gaudreault dans le cadre du colloque international Beauviatech « De l’immersion au cinéma »

Mardi 18 mai | Entre néantisation, disparition et absorption : les conditions paradoxales de l’immersion

Comme le pré­cise l’appel à com­mu­ni­ca­tions du présent col­loque, l’immersion est une notion plurielle. Il est, en effet, mille et une façons de la définir (au fil des lec­tures, on finit même par s’apercevoir que l’immersion cor­re­spond sou­vent à tout et à son con­traire), mais il ne faut pas se racon­ter d’histoire (ou peut-être que si !), il y a aus­si, il est vrai, mille et un types d’immersion. Quelle que soit cepen­dant la déf­i­ni­tion qu’on en donne, l’immersion au ciné­ma n’en reste pas moins un phénomène avant tout para­dox­al : ain­si, même si elle peut être con­sid­érée comme un ajout (à titre de « valeur ajoutée »), l’immersion pose néan­moins comme toute pre­mière con­di­tion essen­tielle une part d’oubli, d’évanouissement et d’escamotage. Une part de sous­trac­tion, donc. Le proces­sus d’immersion ne peut en effet s’engager sans l’enclenchement préal­able d’un proces­sus de néan­ti­sa­tion (celui du monde), de dis­pari­tion (celui du dis­posi­tif) et, à la fois, d’absorption (celui de l’instance spec­ta­to­rielle). Avec l’immersion, il y aurait donc cet appar­ent para­doxe qui voudrait que, pour qu’il y ait épreuve du plus, il faut d’abord qu’il y ait épreuve du moins. Ne faut-il pas effec­tive­ment, pour réus­sir à s’engager dans l’immersion, entre­pren­dre d’abord de se désen­gager d’une part des con­traintes de l’univers des écrans ? Se désen­gager de ceci et de cela, comme on ver­ra, mais surtout se sous­traire à la dic­tature du cadre, comme dirait Iñár­ritu, ou à sa très grande tyran­nie, comme le sug­gère Greenaway.

Les Cara­biniers, Jean-Luc Godard, 1963